Les Finissants 2011

Publié: 12 mai 2011 dans Éditorial
Culture et création
La culture? Nous, on en mange tous les jours au p’tit déjeuner.

 Éditorial

Amélie Phaneuf, Laurie Anne C.-De Serres
& Virginie Lalonde

Bienvenue sur la revue Internet des finissants 2011 du programme Arts et Lettres, profil Culture et création du Cégep de Saint-Hyacinthe.

Notre but final est atteint : celui de créer une véritable revue culturelle à notre image.

Un thème était à respecter : la réconciliation. Pour certains, la réconciliation s’exprime à travers un deuil et passe par l’acceptation de soi et le pardon. Perdre un être cher nécessite une longue période d’adaptation. Le deuil se vit différemment d’une personne à l’autre. Que ce soit grâce à l’imagination ou aux contacts humains, tous finissent par accepter, un jour ou l’autre, la mort d’une personne aimée.

L’art peut aussi être d’une grande aide pour se réconcilier avec un ou des aspects de soi-même. Il permet d’exprimer des sentiments qui seraient difficiles à refouler ou de soutenir des causes qui nous tiennent à cœur. Dan Bigras, Manu Militari, Stanley Kubrick, Roadsworth, Maxime-Olivier Moutier, Otto Dix sont des artistes qui ont dénoncé des injustices ou qui ont défié des lois pour s’exprimer.

D’un autre côté, certains refusent de se réconcilier et préfèrent laisser libre cours à leur vengeance ou réunir deux antipodes en un seul, comme le paradis et l’enfer.

Quelle que soit la façon dont elle est exprimée, la réconciliation a été un élément central lors de la création de notre revue. Non seulement elle était le thème d’écriture, mais elle nous a aussi permis de créer une revue culturelle tous ensemble, en réconciliant nos différences.

Bonne visite!


Correspondance de Dieu à Satan.

Sept jours.

Sept putains de jours.

Six de travail intensif et un de repos bien mérité. Pour voir quoi?

ÇA!

Une bande de babouins sauvages et primitifs – je tiens d’ailleurs à m’excuser auprès des véritables représentants de cette espèce – qui s’injurient et qui se battent sans arrêt! Ah! Ça me décourage, ça me dégoûte! J’ai envie de m’arracher la barbe, de lancer rageusement mes gougounes par terre et de leur foutre la raclée de leur vie. J’en ai marre! Quand est-ce qu’ils apprendront à s’aimer les uns, les autres?

Évidemment, à toi, ça doit te plaire! Le taux de criminalité qui grimpe en flèche, les conflits raciaux qui se multiplient, les tueries qui éclatent ici et là… C’est clair que tu ne dois pas chômer mon vieux! Tu profites de la situation, tu ruines mes efforts et mes rêves de voir un jour l’humanité se calmer et tu t’arranges pour pervertir mes créations avec tes mille et une tentations : en bref, tu me fais chier.

(c)The Balance, DraculeaRiccyDeviantart.com

On s’était mis d’accord au début. J’invente, tu regardes. Mais là… J’crois qu’il va falloir redéfinir les règles du jeu, parce que ça dégénère. Tes interventions me dérangent. Ce serait vraiment apprécié si tu évitais de transformer mes réussites en monstruosités. J’ai fais les hommes à mon image, hein! Ils sont censés être respectueux, ordonnés, généreux, solidaires… Un peu rebelles de temps à autre, mais pas au point de piquer les terres d’autrui  ou de régner en tyran sur un coin de la carte. Les copies ne valent pas l’original, n’est-ce pas? J’aurais dû tout de même modifier quelques trucs, enlever un ou deux défauts, mais surtout, surtout, leur offrir le manuel « Comment coexister avec la civilisation voisine en 10 étapes faciles » ou « La Paix pour les nuls ». Avec ça, au moins, les dégâts auraient été considérablement réduits et on n’aurait pas assisté à la décadence de tous ces bons petits peuples. Enfin, pour toi, toute cette déchéance humaine constitue un divertissement.

(c) Rape this world, LullacrieDeviantart.com

Je suis censé veiller sur eux et les protéger de ta malice. Je te mets donc en garde : si tu recommences à piéger mes bonshommes avec tes tactiques à la noix – tu te souviens de ma petite Rose Latulipe? -, je descendrai personnellement aux Enfers pour te donner un bon coup de pied au cul. On verra ensuite si tu veux réitérer tes tentatives pour détruire MON monde – tu n’avais qu’à t’en créer un, uh!

Hum, bref. Voilà. Je crois que c’est tout ce que j’avais envie de te dire.

Quoique, pendant que j’y pense : ma divine épouse voudrait savoir quand est-ce que tu viendras faire ton tour. Tu sais comment elle est ; insistante et toujours à chipoter sur les détails. Elle me harcèle depuis trois siècles pour que je te le demande. Je suppose que le temps est venu. Mon fils te passe le bonjour – il ne réalise pas encore que tu es le Mal en personne ; blâmons la naïveté et l’insouciance de la jeunesse. En plus, il ne m’écoute pas quand je lui parle… C’est beau les crises d’adolescence post-mortem!  – et il invite le tien à venir fêter Pâques avec nous. J’espère qu’il aime les lapins en chocolat.

Amen,

Dieu.

Marjolaine Vallée

Il s’amène avec son « bling-bling » dans le cou, sa prostituée et son gros char. Il aime la rue, cherche le « cash ». C’est un provocateur, un délinquant. Il vole, il se drogue, il boit. C’est un « bad boy ». Et, le pire dans tout ça… Il rappe et des gens l’écoutent !

            Si c’est cette image que renvoient plusieurs rappeurs américains comme Lil Wayne, Pitbull, Snoop Dogg, Lil Jon ou 50 cent, il en va différemment au Québec. En vogue depuis les années 1980, le rap a pris plus de place en 1990 au Québec. Qualifié de « sombre », ce style est reconnu pour la qualité de ses textes, ses rimes et son joual. De plus, sa musicalité répétitive lui est typique et met en valeur les paroles et le message de la chanson. Autant moralisateur que provocateur, le rap québécois représente le monde de la rue et le défend.

            Manu Militari fait partie de ces artistes. Cet auteur-compositeur-interprète revendique les droits des gens de la rue. Néanmoins, il ne s’arrête pas simplement à cela : il parle de l’Égypte et défend l’environnement. Par ailleurs, il a reçu le Félix du meilleur album hip-hop de l’année pour Crime d’honneur au gala de l’ADISQ, en 2010. Et, au lieu de dire « merci », il a récité un court poème sur l’industrie de la musique et ses nombreuses imperfections : « J’savais que les producteurs de disques étaient des exploiteurs. Ils soutirent (sic) les artistes comme les paysans en Équateur. » (1) La critique dit donc de lui qu’il est un grand provocateur. De son côté, Manu Militari se définit comme un individu s’exprimant sur des thématiques qui le touchent, comme la rue par exemple
.

            Né en 1979, Manuel, de son prénom, vit une adolescence mouvementée. Il se drogue, abandonne l’école… C’est finalement les voyages qui le sauvent et l’inspirent lorsqu’il part à l’aventure âgé de 17 ans. Il visite plusieurs pays, dont l’Égypte. Il y développe une passion pour la musique arabe et apprend la langue. En 2002, il revient au Québec et travaille sur divers projets musicaux. En 2006, il lance son premier album Voix de fait, qui sera suivi de Crime d’honneur en 2009.

            Voix de fait est un disque assez dur. Avec des chansons telles que « La Piaule », le spectateur n’est pas épargné. Manu Militari n’y va pas de main morte. Il parle de vol, de prostituées et d’alcool. Il montre que tout cela fait partie du mode de vie des gangs de rue. Il y va d’une franchise cruelle en lançant des vers directs :

Ouvre la bouteille,
Laisse couler le temps lentement
Jusqu’à se noyer dedans
[…]
À soir, on fait ta piaule
On a vidé l’frigo, on a pété l’piano
On a fouillé l’bureau, on a pogné l’magot
Le gros, on décolle tranquillement pas vite […] (2)
 

Où est la morale dans tout cela ? Le rappeur décrit ces actes comme s’il n’y avait aucun problème. Ce n’est que du vol… Il n’y a rien là ! Mais, en fait, Manu Militari fait une critique des bourgeois. Il montre la richesse et les «excès matériels» de ces derniers et la compare aux gens de la rue qui tentent de les voler, car ils n’ont pas la chance d’être bien nantis.

            Puis, Manu Militari se bat contre l’industrie de la musique. Il défend son style unique. Il ne se conforme à aucune convention musicale et sociale : « J’m’en fous si ça paye pas le loyer, moi y’a personne qui m’appelle employé» (3). Il en va de même dans son deuxième album, Crime d’honneur. L’artiste affirme qu’il peut être difficile de se tailler une place dans l’industrie de la musique quand on est différent. Et, quand il parle de différence, c’est que de son côté, il ne fait aucune cachotterie à propos de la rue. Il montre la vérité telle quelle est dans ce milieu. Il sait tout de même que son œuvre ne plaît pas à tous : « J’veux grimper su’l’podium avec les poches pleines, mais ch’conscient qu’mon album fera jamais l’top ten. »(4)

Crime d’honneur est un album très varié. Manu Militari y parle de suicide, d’environnement, de pauvreté, de l’Égypte, de rêves, d’immigration, de guerre et bien sûr, de la rue. Ses textes sont aussi touchants que violents : « Comment dire ça va mal, sans s’faire traiter d’pd? » (5) Ici, l’artiste décrit le désespoir d’une personne ayant des idées suicidaires tout en utilisant des propos directs comme « pd». Il questionne le fait qu’il est encore difficile pour un gars de s’avouer sensible et triste. Militari utilise la même formule avec Pour chaque goutte de pétrole : « C’est bientôt l’heure de s’quitter, j’vous dis pas à plus tard. J’vous r’garde dans l’espoir de r’voir mes forêts. »(6) Il affirme qu’il ne reverra plus personne, si nous continuons à polluer l’environnement. Il dit qu’il n’y aura plus rien sur la Terre. Sa manière d’écrire est encore une fois très sévère, mais le message est émouvant bien que moralisateur.

    Bref, Manu Militari nous fait réfléchir sur la vie qui n’est pas parfaite. Il nous propose de nous ouvrir les yeux sur le monde et de faire la paix avec notre réalité. Beaucoup de choses sont difficiles, mais il faut les accepter et faire notre possible pour améliorer notre situation. Tant que le désir de paix existe dans nos cœurs, tout reste possible.

Amélie Phaneuf

 (1)  Extrait des remerciements de Manu Militari au Gala de l’ADISQ 2010.

(2) «La Piaule», Voix de fait, (2006).

(3) «Voix de fait», Voix de fait, (2006).

(4) «Crime d’honneur» Crime d’honneur,(2009).

(5) «Les âmes perdues», Crime d’honneur, (2009).

(6) «Pour chaque goutte de pétrole»,Crime d’honneur, (2009).



 


Jardin d’éden

Publié: 12 mai 2011 dans Rage de création

Mon ventre brûle, ma tête tourne, je suis seule dans un gouffre, seule au monde. Il n’y a plus rien, tout est gris autour de moi. Je crache la boue de ma bouche, je passe ma langue sur mes dents qui branlent. Mes yeux sont aveugles, je ne ressens rien d’autre que ce sol auquel je m’agrippe de toutes mes forces.

Il n’y a aucun bruit autour de moi, excepté les battements de mon cœur, mes gémissements de douleur et mes cris de désespoir. Mon corps entier tremble, une sueur froide colle ma chemise contre mon dos meurtri.

Je n’accepte pas ça, je n’accepte pas d’être vivante. Là, maintenant, je voudrais mourir. Maintenant.

Je retiens mon souffle, je veux cesser de respirer la poussière et la fumée. Ma gorge brûle, ma poitrine proteste. Mes tempes battent, un roulement de tambour sourd résonne dans ma tête et j’inspire. Rien à faire. Mon corps fait des soubresauts. Il me retient, il me pousse à respirer. Je n’ai pas la force de me lever. Je pourrais mourir d’épuisement.

Je suffoque, je tousse, je recommence à crier mon désespoir. Mes cordes vocales résonnent comme un murmure choquant à travers les crépitements de la braise.

Il m’entendra, il doit venir me chercher, il doit terminer ce qu’il a commencé. Il me le doit. Je me souviens de lui. Je le déteste, je le hais et j’ai peur. Je ne veux plus souffrir.

C’est son erreur, pas la mienne.

Je suis prisonnière de mon corps, de lui. Pourquoi ne m’entend-il pas? Pourquoi suis-je encore là? Mon ventre, mes bras, mes jambes, mes mains, mon cou, ma joue brûlent contre la terre. Ça bouillonne de partout, je ferme les yeux, je retiens ma respiration une dernière fois. Je décide d’oublier. J’ai trop mal, trop mal pour garder de la haine.

Je reprends mon souffle encore une fois, je suis déçue.

Je n’ai plus la force de lui en vouloir.

Je m’enfonce dans mes pensées. Des images réconfortantes. Des lèvres rouges, un sourire blanc, des cheveux bouclés noirs, des yeux verts et une peau brune. Des colombes au vent, un flash de photo, des bulles avec des arcs-en-ciel à l’intérieur, des roses, une table et des drapés dorés.

Je délire, je me demande ce qui va m’arriver. J’ai froid, tellement froid de solitude.

Le monde, qu’est-il arrivé au monde que j’aimais? Lui, où est-il?

Je voudrais lui dire que je lui pardonne, je chuchote mes secrets à la terre, ma complice, ma médiatrice. Le souffle me manque, je me tais, il n’y a plus rien à ajouter.

Je m’endors.

Le craquement de la terre me réveille. Je trouve la force de me lever. J’ai soif, soif d’eau, soif d’entendre sa voix, soif de voir des couleurs, soif de sentir le vent, soif de toucher sa peau.

Tu me manques. Vide. Je me sens vide.

Mon cœur s’arrête. Je suis figée. Je ne veux pas le croire. Je regarde autour de moi, mais il n’y a rien d’autre qui puisse retenir mon attention, tout est en poussière, sauf ce corps.

Il était là, tout ce temps. Il me regarde souffrir, pleurer et supplier avec son regard vide, tourné vers le ciel. Je reste un moment dans cette posture dans l’espoir que mes yeux se trompent.

Une attente qui me parait infinie, si la notion du temps existe encore.

Je m’approche de son corps, je pose mon index sur son cou. Mon cœur tressaille au contact de sa peau tiède, les poils de mes bras se soulèvent, mon souffle se fait court.

L’attente.

Un battement, deux battements, trois battements, il est vivant. Il est vivant! Je m’étends près de lui, je lui transmets ma chaleur, je lui parle, bien que ma voix soit brisée. Je lui demande de me faire un signe s’il m’entend.

Rien.

J’appuie ma main contre sa poitrine pour me rassurer. Son cœur est faible, mais il bat toujours. Tout n’est pas perdu. Il n’y a rien qui presse, il n’y a que nous deux, tels Adam et Ève. Mon enfer est un jardin d’éden avec toi.

Stéphanie Lajoie


 

C’est du 24 septembre 2010 au 2 janvier 2011 que se tenait au Musée des Beaux Arts de Montréal l’exposition Rouge Cabaret : Le monde effroyable et beau d’Otto Dix. Un artiste qui a le don de reproduire sur une toile ses souvenirs de guerre et qui arrive à transformer l’horreur en œuvre d’art. Connaissez-vous l’histoire de cet homme au courage sans limite?

Autoportrait (1925)

Otto Dix, de son vrai nom Wilhelm Heinrich Otto Dix, est né le 2 décembre 1891 à Umtermhaus situé dans l’Empire allemand. Son père travaillait comme ouvrier dans une mine de fer et sa mère était couturière. La passion des arts lui a été transmise par sa mère qui aimait particulièrement la peinture et la musique.

Dès le début de ses études en arts, certains de ses professeurs doutaient de son talent en tant que peintre, mais cela ne l’empêcha pas d’obtenir une bourse du Prince de Reuss qui lui permit de poursuivre ses études avec brio à l’École des arts appliqués de Dresde. Il y explora plusieurs courants artistiques : le cubisme, le dadaïsme ainsi que le futurisme. Il s’engagea ensuite dans l’armée lorsque la Première Guerre mondiale éclata. Il y mena plusieurs combats desquels il réussit à se sortir vivant. Cette expérience lui sera finalement bénéfique pour ses futures œuvres.«La peinture n’est pas un soulagement. La raison pour laquelle je peins est le désir de créer. Je dois le faire! J’ai vu ça, je peux encore m’en souvenir, je dois le peindre!» dit-il.

Otto Dix est un des principaux artistes à lancer le mouvement de la Nouvelle Objectivité. Ce mouvement cherche à représenter des expériences personnelles et protestataires sans aucune barrière, sans aucune retenue. Dix peint le côté sauvage de la guerre et ne témoigne d’aucun héroïsme.  Il montre  les effets de la guerre sur l’homme, le patrimoine et la nature. Il sait comme nul autre raconter les réalités les plus tragiques de la vie.

1933 : Les Nazis sont au pouvoir et l’Allemagne doit se plier au nouveau régime  national-socialiste  dirigé par Hitler et qui veut mettre fin au traité de Versailles et exclure les Juifs de la société allemande.  Otto Dix fut personnellement touché par cette nouvelle façon de penser. Alors qu’il enseignait à l’Université, il s’est vu renvoyé de son poste, car son art n’était pas accepté par le régime nazi. Plusieurs de ses œuvres seront ensuite détruites, brûlées ou montrées comme contre-exemples. Son art a d’ailleurs fait partie de l’exposition Art dégénéré organisé par Hitler afin de se moquer des œuvres qui étaient jugées trop provocantes ou indignes.

En 1945, Dix participe à la Seconde Guerre mondiale. Il est fait prisonnier par les Français pendant quelques mois. Lors de sa libération, il retourne dans son pays et participe à la première exposition d’après-guerre qui a eu lieu à Dresde. Son portrait de la société allemande de la Première Guerre mondiale est l’un des plus évocateurs de l’histoire.

Le Salon (1921)

Les oeuvres de Dix afin montre la guerre comme il la voit : terrifiante. Il ne fait que peindre la pure réalité de la guerre, ce qu’il a vu et ce qu’il a senti. Il peint non seulement pour représenter cette réalité, mais également pour extérioriser la douleur qu’il a ressentie.

L’exposition Le monde effroyable et beau d’Otto Dix est divisé en plusieurs parties, toutes aussi choquantes et bouleversantes les unes que les autres. Dès la première partie, on peut ressentir la froideur de la guerre. Otto Dix n’avait pas les moyens de peindre sur de véritables toiles et devait donc se contenter de réaliser de petits croquis au fusain. C’est donc par des esquisses sombres et  floues que Dix a peint ce qu’il a vu lorsqu’il était soldat. En majorité, les toiles représentent des corps morts et des personnages sanglants.

L’exposition montre une autre fascination de ce peintre: la classe ouvrière. Il aimait peindre ces gens laids, humiliés et rabaissés par leur statut social. Les bordels sont aussi très présents dans ses toiles. Il trouvait une certaine inspiration chez ces femmes dévoilées, répugnantes par leur manque de pudeur et d’estime.  Cette vision péjorative transparaît sur la toile. Dans Le Salon 1 par exemple, on peut voir quatre femmes prostituées au regard vide. Chacune est vêtue d’une tenue de soirée mais semble désespérée, découragée. Les femmes paraissent vulgaires, car Dix a mis l’accent sur leurs seins apparents sous leur robe transparente.

Otto Dix, au milieu des années 1920, s’intéresse à un style plus réaliste et c’est alors les médecins et hommes d’affaire qui deviennent ses modèles. De nombreux portraits font fureur dans ces années et Dix devient un portraitiste reconnu.

De multiples critiques et journalistes ont été impressionnés par le travail d’Otto Dix. Voici ce qu’en disait Jocelyne Lepage dans La Presse du 25 septembre 2010: « L’horreur dans toute sa splendeur… tout concourt à faire de cette exposition une leçon d’art dans une leçon d’histoire. »

Dans la dernière partie de l’exposition Le monde effroyable et beau d’Otto Dix, on retrouve ses œuvres, avant-gardistes, reconnues comme dégénérés à l’époque nazis. Ces œuvres peuvent aujourd’hui être appréciés à leur juste valeur, comme en témoigne Nicolas Marvrikakis dans le Voir de septembre 2010: « L’expo Rouge Cabaret : Le monde effroyable et beau d’Otto Dix…sera un des évènements majeurs de la saison en arts visuel au pays. Une œuvre originale et engagée. »

Otto Dix a inspiré une exposition émouvante qui restera à jamais gravée dans la mémoire de ses visiteurs.

 Vanessa Goyette et Geneviève St-Germain

La vie est une chienne

Publié: 11 mai 2011 dans Rage de création

–  Désolé d’avoir disparu comme ça mais je n’arrivais pas à trouver les mots pour t’expliquer tout ça. J’en aime une autre, comprends-tu ? De toute façon ce n’est pas toi, c’est moi …

« Ce n’est pas toi c’est moi. », cette phrase devrait être bannie à tout jamais. Elle est trop facile à dire et elle fait beaucoup trop mal. On dirait que tu ne peux rien contre un « Ce n’est pas toi, c’est moi. » Aucun mot, et aucune phrase ne peut la surpasser à part peut-être : « Je ne suis pas assez bien pour toi. » Notre relation, c’est ainsi qu’il la résumait. C’est ainsi qu’il expliquait ses actes. Une année, trois phrases. Je ne disais rien. Je n’écoutais que le souffle de sa respiration pour la première et dernière fois.

C’était un soir de novembre, il faisait froid. Le vent s’infiltrait par les ouvertures des fenêtres. Sa puissance  faisait craquer tout l’appartement et venait meubler le silence de la conversation. Je  raccrochai en tentant de me convaincre que cette rupture était voulue autant de son côté que du mien.

Un an de relation, c’est difficile à éliminer de sa vie. C’est fascinant à quel point une personne peut prendre place facilement dans une vie et en sortir si difficilement. Comme quoi ouvrir son cœur semble plus facile que de le fermer… Dans mon cas, il en était ainsi. Un an, c’est 300 appels et au moins 200 « bonne nuit, je t’aime ». C’est son souffle contre mon corps qui m’aide à m’endormir. C’est son sourire quand il me voit … C’est plein, beaucoup trop, de choses à enlever de son quotidien. La mort de quelque chose qui n’est plus, un deuil à faire. Un seul adieu téléphonique : pas de couilles. La colère : un con, un trou d’cul, un criss de cave, une photo déchirée. La dépression : des pleurs, une porte fermée, un pot de crème glacée vide sur le comptoir.

Une semaine passe, puis une autre. Je me permets de rire, la vie n’est pas si pire. Je ne peux pas croire que sur sept milliards d’êtres humains, il n’y en a pas un qui me convienne : l’acceptation.

Le plus dur dans tout ça est de dire adieu au premier homme de ma vie. C’est la première personne à qui je me suis donné le droit de m’abandonner, car il possédait ce que j’avais de plus précieux, oui mon amour, mais aussi ma confiance. Ce présent a été bafoué.

C’est drôle comme le destin peut frapper parfois. Ce que la vie te donne, même si parfois c’est peu, elle le reprend plus tard. Comme un faux espoir, comme une chance de survie qui se transforme en une mort inévitable. Elle est bonne à ce jeu, vicieuse et hypocrite, la vie est une chienne.

Le 29 décembre, caissière dans une épicerie : écope du stress des Québécois à cause du jour de l’an.

Trois blessés graves et un mort. Il y était resté. Vingt ans seulement. Aux nouvelles, on ne cessait de montrer des images de l’accident et l’entrevue qu’avait donnée son père. J’étais assise devant le téléviseur complètement déconnectée du monde qui m’entourait. Une image venait de me frapper : un pompier ramassait l’un de ses souliers …

Les deux jours qui suivirent furent désastreux. Le noir emplissait constamment ma tête. Mes yeux ne voulaient définitivement plus sourire. Même les étoiles qui m’animaient se turent en moi pendant de longs moments.  Mon monde devint comme un immense casse-tête. Je ne savais pas par où commencer. Est- ce que je voulais vraiment le reconstruire pour qu’il  se détruise encore une fois ? Je suis forte, enfin je crois l’être. Il me faut seulement le bon morceau et tout ira bien.

Le jour de l’An est passé, la famille est présente. Elle réussit, malgré tout, à me réconforter momentanément. Bonheur éphémère avant de retourner à mon casse-tête. 2 janvier et le morceau tant désiré n’avaient pas pointé le bout de son nez. Malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à le retrouver. Joyeux Noel et bonne année … Le temps devait faire son œuvre. La mort m’était totalement étrangère. La question de la frontière entre la vie et la mort se promenait dans mon esprit… Me voyait-il, m’entendait-il ?

Bien que tout cela semble une montagne insurmontable, on s’y fait. Eh oui, le temps fait son œuvre. La photo déchirée est réparée avec du ruban adhésif. Je passe à autre chose tout en continuant, parfois, de lui adresser quelques mots. Qui sait, peut-être qu’il m’écoute ? Depuis son décès, j’ai la terrible impression que plus je vieillis, plus je serai confrontée à la mort.

Février, mars, avril, mai…

J’ai finalement réussi à terminer mon casse-tête. Par contre, une des pièces ne semble pas s’emboîter parfaitement avec les autres. Je vais devoir apprendre à vivre avec elle. De toute façon, si tout s’emboîtait cela voudrait dire que ma vie est parfaite non ?

Alice Gingras De Guise

J’y arrive en chantant

Publié: 10 mai 2011 dans Rage de création
Silhouette en dentelle¹

Les jours défilent et s’entremêlent.

Tout passe si vite.

J’ose encore croire.

Qu’elle peut m’épargner.

Brunâtres, sont encore les feuilles.

 

Ce moment.

Je le redoute depuis déjà trop longtemps.

Lui faire face m’est impossible.

Cette nuit…

L’ombre est présente.

Elle me guette dans la pièce.

Je suis sa proie.

Elle savoure ce délice qu’est ma peur.

Je dois fuir.

M’échapper.

Pourquoi me harcèle-t-elle?

Des jours, il en reste tant à vivre.

Lentement.

Je quitte ma chambre.

Je n’ose regarder vers l’arrière.

Je sens le mal.

Il gagne du terrain. Il me rattrape.

Le couloir défile.

Malgré la noirceur, je distingue une ombre au loin.

Un long nuage noir.

Je cesse de marcher.

Est-ce l’ombre qui était dans la pièce?

Va-t-elle me rattraper?

Je dois me sauver de la mort.

Moi qui crains tant la noirceur.

 

 

Jaunes, sont devenues les feuilles.

Nerveusement.

Je m’approche.

L’ombre devient alors silhouette.

Il y a quelqu’un au loin.

Quelqu’un qui s’en vient.

On dirait qu’il m’attend.

J’avance encore.

La silhouette se dessine alors plus nettement.

L’air soudainement

Est empreint de froideur.

Mon corps frissonne.

Je suis anesthésiée.

Face à la silhouette.

Je distingue une jeune fille.

Elle me ressemble un peu.

Ses yeux sont pétillants. Vivants.

Heureux.

Je la salue.

Sa bouche s’entrouvre.

 Aucun son ne parvient à mon oreille.

J’hésite.

Son visage m’est familier.

Qui est-elle?

Je tends ma main.

Doucement.

La jeune fille exécute le même geste.

Je touche alors une surface glacée.

Froide.

Vitreuse.

Je recule.

Saisie d’effroi.

La jeune fille c’est moi.

Je suis un reflet.

Je touche mon visage.

Il est froid tout d’un coup.

Mes mains tremblent.

Mon reflet esquisse alors un sourire.

Un sourire sincère.

Il me semble entendre une mélodie au loin.

La musique de la mort?

Je la chantonne.

Elle me transporte.

 

Vertes, sont maintenant les feuilles.

Je dois me ressaisir.

Je dois me raviser.

Si les fleurs doivent flétrir

Je dois donc m’incliner.

Ainsi je comprends.

Je souris alors à mon tour.

Et ferme les yeux.

Je vais maintenant vers la mort.

Sans regrets, sans remords.

J’y arrive en chantant.

Une femme pâle demande à son reflet²

Marie-Êve Gallant

1- Photographie d’un photographe amateur depuis 28 ans. Contexte de réalisation: photographie féminine. Site web: Rien n’est plus beau qu’une femme ( http://erosfoto.over-blog.com/archive-09-2009.html).

2- Image de F. Woodman. Publié le dimanche 27 juin 2010. Site web: Les fleurs du tapis ( http://lesfleursdutapis.blogspot.com/).

L’affectif désaffecté.

Publié: 10 mai 2011 dans Rage de création

Photo par Gnusi

Il s’atomise la tête à coups de décibels.

Le temps devient fictif.

Ces mots qu’on lui crie, il ne les entend pas.

Il en perd la mémoire.

Ses lèvres ne font que répéter le vide écho de son esprit.

Ces choses écrites dans les carnets, il en rafole.

Il remplit sa tête de ces diktats chimériques.

Il crée son propre monde.

Il ne veut plus en sortir.

Il entend des voix même la nuit.

Il vit dans un chaos confortable.

Il y prend goût.

On lui dit pauvre homme.

Il a maintenant 24 ans.

On le place en hôpital psychiatrique.

Et on le déconnecte.

Il entend des gens.

Il est effrayé et perdu.

Il commence à chantonner.

Ils concluent qu’il est fou.

Il a tellement de souvenirs en tête.

Ils veulent qu’il se taise.

Ils le frappent.

Il a mal et pleure, mais il ne veut pas arrêter de chanter.

Alors, on l’isole.

Ils le rencontrent.

Ils lui posent des questions.

Il ne sait quoi répondre.

Alors,

Il dessine ce qu’il voit, ce qu’il pense.

Ils évaluent.

Ils notent.

Il est fou.

Mais inoffensif.

On le libère, presque.

Il retrouve son univers chaotique.

Il délire seul dans sa maison.

Il s’abreuve encore de ces textes brûlants de vérité.

Il n’a jamais vécu, mais il est compréhensif.

Il les rencontre.

Il joue le jeu.

Il est doué et intélligent.

Ils ne le remarquent pas,

qu’il est intelligent.

Il est déçu de ce monde.

Il prend des nouvelles de l’autre monde.

Ils le décrivent tous comme suffocant.

Puis un bourdonnement brise la mélodie.

Il entend les bourdonnements se répéter.

Il entend les gens crier de terreur.

Il regarde le ciel.

Il est noir et rempli d’avions.

Il se souvient de ces phrases qui disaient « Le monde est merveilleux ».

Il regarde encore le ciel.

Il n’y comprend rien.

Il est supposé être fou.

Tandis qu’eux s’entretuent.

Tandis qu’eux font la guerre.

Est-il vraiment fou?

Il a compris ce que les textes voulaient dire.

Ils parlaient de « la bêtise humaine ».

Il devait devenir comme eux pour être civilisé?

Il doit regarder son horloge encore et encore.

Il rebranche ses écouteurs.

Puis, le temps passe.

Une porte s’ouvre.

Il les voit entrer.

Il les salue.

Ils semblent agressifs.

Il monte le volume pour ne pas les entendre.

Ils frappent la source du bruit.

Elle est cassée.

Il fond en larmes.

Ils rient de lui en le regardant.

Il est maintenant un homme détruit.

Il ne comprend pas pourquoi ils sont si méchants.

Il essaye de réparer le tout.

Ils le frappent au visage.

Il tombe.

Il se relève les yeux remplis de colère.

Il en frappe un.

Ils l’écrasent au plancher et menace de le tuer.

Il se sent si impuissant et enragé.

Ils cherchent quelque chose à voler.

Il n’y a rien.

Ils partent.

Il est détruit.

Ils ont détruit sa vie en un instant.

Il comprend ce que ces textes voulaient dire.

Ils parlaient de tristesse.

Il n’a rien vu dans sa vie.

Il a seulement vu la cruauté humaine.

Ils le qualifient de fou après tout ça.

Il n’a jamais fait de mal à personne.

Puis le temps passe.

Il a tellement vécu de douleur.

Il décide de rendre les autres heureux.

Il voit encore des choses qui le désolent.

Il garde espoir qu’eux comprendront un jour.

Qu’ils réussiront à se réconcilier avec la société.

Avec eux-mêmes.

Il n’écoute plus ces sifflements haineux.

Il écoute les autres raconter.

Il veut les aider.

Il aime les voir heureux.

Il apprend le bonheur.

Puis il se souvient des textes:

Le monde est immature,

rempli de bêtise humaine.

Le monde est merveilleux,

peuplé d’enfants éternels.


Maintenant, il comprend ce qu’ils voulaient dire.

Photo par Kyoto Fushimi inari

Maxime-Daniel Tanguay

Le Manteau de mouton

Publié: 10 mai 2011 dans Rage de création

Photo par Iker Iglesias

Depuis qu’il est parti, je n’ai pas écrit. Son absence a créé un vide artistique en moi, un néant dans mon cerveau, une extinction de voix dans ma tête. Moi qui prenais un plaisir maladif à m’asseoir n’importe où, à sortir un cahier et un stylo et à écrire les histoires les plus abracadabrantes, je suis maintenant une page blanche ambulante. Depuis que je sais écrire, je n’ai jamais eu de difficulté à composer. Ça me détendait, ça me rendait heureuse. Jusqu’à aujourd’hui, du moins. On m’a dit : «Écris sur ta peine, exprime tes émotions sur papier». Ce que les gens n’ont pas compris, c’est que le départ de Simon m’a transformée en statue de glace. Avant, on me décrivait comme une fille expressive et émotive, entêtée et susceptible. Simon, en franchissant le seuil de notre appartement, il y a quatre mois, a emporté dans ses quelques boîtes la fille pleine de vie que j’étais pendant notre relation. Il a emporté ma joie de vivre, mes crises de larmes fréquentes, ma créativité débordante, ma motivation.

Tout ce qui me définissait semble aujourd’hui faire partie d’une autre vie. Qui suis-je devenue ?  Un zombie ? Non. Cette comparaison a été trop souvent faite. Un cadavre ? Bien sûr que non. Un cadavre est encore beaucoup plus enjoué que moi.

En cours de français, cette vieille bique de Madame Lecomte nous a annoncé qu’un concours littéraire aurait bientôt lieu.  Je suis certaine que mes yeux sont devenus aussi gros que des balles de golf, malgré l’heure peu avancée de la journée. Deux mille dollars en argent étaient en jeu pour cette compétition écrite, ainsi qu’un voyage de deux jours à New York, toutes dépenses payées. Cette annonce a provoqué un vol effréné de papillons dans mon ventre. J’ai eu une envie folle de remporter ce concours. Par contre, chaque fois que je me suis imaginée composer un texte à deux mille dollars, j’ai littéralement paniqué.  J’ai développé la phobie de me retrouver seule devant une page de cahier vide. Ou une page Word vierge. La seule pensée d’avoir un crayon dans les mains me donne des cauchemars. Et si le visage de Simon me revenait en tête au moment où je traçais ma première lettre ? J’avais alors décidé de ne rien écrire jusqu’au jour où une idée extraordinaire me traverserait l’esprit. Je ne m’attendais pas vraiment à ce que ce jour arrive. Et pourtant, il s’est présenté à moi comme une violente claque au visage.

J’étais au centre-ville. Je marchais pour me rendre au Collège, comme chaque matin. J’ai tourné la tête et j’ai aperçu Simon. Il portait encore et toujours cet affreux manteau de mouton que sa mère lui avait offert à Noël deux ans plus tôt. Dieu que je détestais ce manteau! Ce jour-là, plutôt que de porter son appareil photo en bandoulière, il tenait un bras. Un bras qui appartenait à une fille. Une fille qui devait avoir au moins deux ans de moins que moi. Une fille à faire verdir de jalousie même les mannequins les plus célèbres. Il se trouve que je ne suis pas mannequin. Je me suis cachée sous mon capuchon et Simon ne m’a jamais aperçue. Je me suis sentie particulièrement ordinaire… et pathétique. Figurez-vous qu’en recevant une gifle de la vie ce matin-là, Simon m’a remis sans s’en rendre compte tout ce qu’il m’avait volé en me quittant. J’ai noirci un complet cahier de notes de 300 pages. J’ai craché sur papier toute ma jalousie, toute ma rancune contre l’amour, et surtout, surtout… mon complet dégoût face aux manteaux de mouton.

Laurie Anne Chabot-De Serres



Enfants meurtriers

Publié: 10 mai 2011 dans Rage de création

Des centaines de milliers d’années

Tu étais belle et indomptable

Voilà peu, nous sommes arrivés

Tu nous as accueillis, nourris

Tes enfants vivent en ton sein

Libres de toute contrainte

Sur terre, en mer, dans le ciel

Leurs forces comme seule limite

Depuis nous avons grandi

En pleine crise d’identité

La révolte couve

Les dégâts guettent

2

Toujours, nous avons gagné

Envers et contre tous

À l’exemple des lapins

Nous nous sommes multipliés

Établis et réfractaires

Nous avons déclaré la guerre

Guerre de frivolité

Guerre de facilité

Guerre d’inventivité

Guerre d’avidité

On t’a domptée

Tu t’es fâchée

On t’a exploitée

Tu t’es retirée

Toujours, nous avons gagné

Envers et contre tous

Nous sommes les plus forts

Nous t’avons vaincue

Épuisée et affaiblie

Tu as cessé de donner

Nous avons domestiqué

Nous avons emprisonné

Tes chéris, tes protégés

Jusqu’à les dénaturer

Expulsés et exterminés

Très loin, ils ont dû s’en aller

Traqués par nous leurs presque frères

Trop obsédés pour partager

Toujours, nous avons gagné

Envers et contre tous

Nous avons conquis ton corps

Maintenant, au tour du cœur

Nous affaiblissons notre Mère

Jusqu’au plus profond de son être

Arbres, plantes et rochers

Pétrole, gaz et minerai

Arrachés sans réfléchir

Aux autres ou à l’avenir

Perforé, excavé

Le sol devient gruyère

Et le ciel une passoire

Nous laissant à découvert

Toujours, nous avons gagné

Envers et contre tous

Nous nous considérons grands,

Mais quel être intelligent

Détruirait ce grâce à quoi

Il existe et prospère?

Il y aura, un jour, un moment,

Où nous t’attendrons tous à genoux

Ne nous en veux pas trop,

Nous ne sommes que des Hommes

Toujours, nous avons gagné

Envers et contre tous

Aveuglément, nous vivons

Préoccupés de nous-mêmes

Chacun dans sa petite bulle

Succombant à nos envies

Toujours, nous avons gagné

Envers et contre NOUS…

Catherine Boucher